Message adressé par le Ve Congrès mondial
sur les parcs de lUICN à la Convention sur la diversité
biologique
Le Ve Congrès mondial sur les parcs, tenu du 8 au 17 septembre
à Durban, Afrique du Sud, a réuni quelque 3000 délégués
représentant une large gamme de pays, dintérêts
et dexpériences en matière daires protégées.
À la lumière de ses discussions et de ses principaux résultats,
notamment lAccord et le Plan daction de Durban,
le Congrès a établi que les actions présentées
ci-après ont un rôle à jouer dans lélaboration
dun programme de travail au titre de la Convention.
La biodiversité et les services au niveau de lécosystème
sont essentiels pour le développement durable
La biodiversité joue un rôle clé dans le développement
durable et léradication de la pauvreté en général.
Elle est essentielle pour notre planète, et contribue à
assurer le bien-être de lhomme et ses moyens dexistence,
ainsi que lintégrité culturelle des peuples. Toutefois,
la biodiversité sérode actuellement à un rythme
sans précédent sous leffet des activités humaines.
Seul un partage juste et équitable des coûts et avantages
découlant du maintien de la diversité biologique permettra
de renverser cette tendance.
La Convention sur la diversité biologique est un élément
indispensable pour garantir le maintien des services au niveau de lécosystème
Le Sommet mondial pour le développement durable (SMDD) a reconnu
la CDB comme linstrument clé de la coopération mondiale
pour la conservation et lutilisation durable de la diversité
biologique, et pour le partage juste et équitable des avantages
tirés de lutilisation des ressources génétiques.
Un réseau daires protégées, représentatif
et adéquatement géré, est indispensable à
la réalisation des objectifs de la Convention et, en particulier,
de lobjectif de 2010
La réalisation plus efficace et plus cohérente des trois
objectifs de la Convention et notamment, dici à 2010, dune
forte réduction du rythme actuel de perte de diversité biologique,
ne pourra se faire sans un réseau daires protégées
complet, représentatif et adéquatement géré.
Toutefois, un nouveau paradigme simpose pour permettre aux aires
protégées de mieux remplir leur rôle dans la mise
en uvre de la Convention, en reconnaissant pleinement les avantages
que les aires protégées offrent par-delà les frontières.
Le Congrès reconnaît que des progrès ont été
accomplis dans la création daires protégées
à léchelle mondiale, mais a aussi recensé des
lacunes, des difficultés et des insuffisances graves
Bien quil se félicite de lexpansion des aires protégées,
qui couvrent aujourdhui 11, 5 pour cent des terres émergées
de la planète, le Congrès constate que de sérieuses
lacunes subsistent dans la couverture de nombreux biomes importants et
que de nombreuses espèces ne sont pas protégées.
La gestion de nombreuses aires protégées est inexistante.
Les aires protégées subissent, de plus en plus, des forces
et des menaces sous-jacentes telles que la pauvreté, la mondialisation,
linsécurité et les changements mondiaux. Les aires
protégées sont menacées par la perte dhabitats,
la fragmentation, lexploitation non durable, les espèces
envahissantes, le manque de capacités, les politiques et les incitations
inadéquates, et la répartition inéquitable des coûts
et des avantages quelles procurent.
Le Congrès invite la Conférence des Parties à envisager
les actions suivantes:
1. Planification, sélection, établissement et gestion
de réseaux daires protégées.
Le réseau daires protégées existant est incomplet
et doit absolument être renforcé, étendu et consolidé
si nous voulons atteindre lobjectif de 2010 de la CDB ainsi
que de nombreux éléments des Objectifs de développement
du millénaire. Le réseau mondial daires protégées
doit sauvegarder toutes les aires dimportance mondiale et nationale
pour la biodiversité, en sappuyant sur des principes scientifiques
objectifs. Le réseau doit comprendre un ensemble écologiquement
représentatif et cohérent de milieux terrestres et marins
qui devrait inclure des aires protégées, des corridors et
des zones tampons, et se caractériser par des liens réciproques
avec les paysages et avec les structures et institutions socio-économiques
en place.
À cette fin, le Congrès invite la Conférence des
Parties à établir des objectifs et des échéances
précis pour:
- Les espèces: conserver efficacement in situ toutes les
espèces menacées à léchelle mondiale,
en privilégiant immédiatement toutes les espèces
en danger critique dextinction et en danger à léchelle
mondiale qui sont confinées à un seul site.
- Les habitats: conserver efficacement des éléments
représentatifs viables de tous les écosystèmes
terrestres, marins et deau douce à lintérieur
des aires protégées.
- Les processus et services écologiques: protéger
tous les processus écologiques naturels qui génèrent
et entretiennent la biodiversité et procurent à lhumanité
des services essentiels au niveau de lécosystème.
Le Congrès invite en outre les Parties à:
- Accroître le plus possible la représentation et
la persistance de la biodiversité dans des réseaux complets
daires protégées, en insistant tout particulièrement
sur les écosystèmes menacés et insuffisamment protégés,
et sur les espèces menacées à léchelle
mondiale.
- Prendre des dispositions afin de remédier à la
sous-représentation grave des écosystèmes marins
dans le réseau mondial daires protégées,
conformément à lobjectif de 2012 du SMDD.
- Dici à 2012, envisager de toute urgence la création
et lexpansion de réseaux daires protégées
marines, englobant la biodiversité marine et les processus écologiques
des écosystèmes qui se trouvent dans les secteurs des
océans mondiaux situés en dehors de toute juridiction
nationale, y compris lAntarctique.
- Conformément aux principes de lapproche par écosystème,
veiller à ce que les réseaux daires protégées
soient reliés et intégrés aux efforts de conservation
et dutilisation durable de la diversité biologique dans
le contexte plus vaste des paysages terrestres et marins, afin dêtre
soutenus par ces efforts.
- Conformément au Plan dapplication du SMDD, prendre
des mesures pour promouvoir, aux niveaux national et régional,
la création de réseaux et corridors écologiques,
ainsi que daires protégées transfrontières.
- Adopter lapproche par écosystème dans la
planification et la gestion de toutes les aires protégées
et autres aires importantes pour la biodiversité dici à
2010.
- Élaborer et mettre en uvre des plans stratégiques
nationaux pour les réseaux daires protégées,
dans le contexte des stratégies nationales et des plans daction
nationaux pour la diversité biologique, ainsi que des plans de
gestion de sites particuliers.
- Intégrer des mesures dadaptation aux changements
mondiaux dans les stratégies de gestion des aires protégées.
2. Avantages, équité et participation
Le Congrès a souligné la contribution des aires protégées
au développement durable, aux services écologiques, aux
moyens dexistence et à léradication de la pauvreté.
Il a également noté que les aires protégées
peuvent avoir une incidence négative sur les populations autochtones,
y compris les populations mobiles, ainsi que sur les communautés
locales, lorsque les droits et intérêts de ces populations
ne sont ni pris en compte ni respectés, et lorsquelles ne
participent pas pleinement aux décisions qui les affectent. Il
a également souligné que garantir les droits des populations
autochtones sur leurs terres et territoires est un impératif si
lon veut garantir la viabilité des aires protégées.
En conséquence, le Congrès invite la Conférence des
Parties, dici à 2010, à:
- Faire en sorte que les populations autochtones et mobiles, les
communautés locales, les femmes et les jeunes participent pleinement
à létablissement et à la gestion des aires
protégées, et que des mécanismes soient mis en place
pour garantir le partage équitable des avantages que procurent
les aires protégées.
- Encourager et mettre en uvre des programmes de communication
efficaces afin de permettre aux populations autochtones et mobiles, ainsi
quaux communautés locales, de participer pleinement à
létablissement et à la gestion des aires protégées.
- Réformer les politiques, les systèmes et les accords
de financement relatifs aux aires protégées, afin dapporter
un soutien réel aux aires conservées par les communautés
et aux aires protégées cogérées.
- Veiller à ce que les stratégies nationales et plans
daction nationaux pour la biodiversité, de même que
les politiques relatives aux aires protégées tiennent compte
de la pauvreté, et à ce que les stratégies nationales
de réduction de la pauvreté comportent des recommandations
et des mesures issues des stratégies nationales et plans daction
nationaux pour la biodiversité.
- Apporter un appui et contribuer à la mise en uvre
de lensemble des Objectifs de développement du millénaire,
en particulier ceux qui ont trait aux droits sociaux, économiques
et culturels en tant que critères fondamentaux defficacité
pour lensemble des politiques, systèmes et processus au niveau
des sites en rapport avec les aires protégées.
3. Activités créant des conditions favorables
Pour que le réseau mondial daires protégées
soit adéquatement géré, il faut, sans délai,
prendre des mesures pour créer des conditions favorables et donner
les moyens de participer à tous les secteurs, communautés
et intérêts concernés. Linstauration de la confiance
et du dialogue entre lensemble des acteurs est une condition favorable
essentielle. En conséquence, le Congrès invite la Conférence
des Parties à agir dans les domaines suivants:
3.1 Renforcement des capacités
Les aires protégées doivent être gérées
par des institutions compétentes, dans un cadre politique et juridique
favorable, et par des professionnels dûment formés, possédant
les compétences voulues, que ce soit du point de vue technique
ou en matière de gestion. Des capacités inadéquates
dans ces domaines limitent sérieusement le rôle que les aires
protégées peuvent jouer pour la réalisation des objectifs
de la Convention, en particulier, lobjectif de 2010. Dans ce contexte
élargi, le renforcement des capacités doit constituer un
axe central du programme de travail. En conséquence, le Congrès
invite la Conférence des Parties à:
- Mettre en uvre un programme solide, complet et durable sur
le renforcement des capacités avant 2006.
- Créer, pour les réseaux daires protégées,
un mécanisme de soutien à la mise en uvre utilisant
les structures existantes, y compris le Centre déchange de
la CDB, les organisations intergouvernementales (OIG) et les organisations
non gouvernementales (ONG).
- Si nécessaire, utiliser les lignes directrices et les outils
élaborés par la Commission mondiale des aires protégées,
notamment le Réseau dapprentissage pour les aires protégées
(PALNet).
3.2 Soutien financier
Un soutien annuel additionnel de non moins de 25 milliards de dollars
est nécessaire pour établir et entretenir un réseau
mondial efficace daires protégées. Les gouvernements,
en particulier ceux des pays développés, les OIG, les ONG
et le secteur privé doivent fournir des ressources financières
supplémentaires. Parmi les actions particulières susceptibles
dencourager un soutien financier plus efficace figurent:
- Réaffirmer quune application plus efficace et plus
cohérente de la Convention et la réalisation, dici
à 2010, de lobjectif de réduction significative du
taux actuel de perte de diversité biologique, nécessiteront
des ressources financières et techniques nouvelles et additionnelles
pour les pays en développement, comme le stipule le Plan dapplication
du SMDD.
- Prier le FEM dinformer la COP8 sur les niveaux actuels de
financement des aires protégées à léchelle
mondiale et de déterminer les moyens de combler les déficits
de financement, notamment le financement des dépenses ordinaires.
Prier le FEM de maintenir les niveaux actuels de soutien aux aires
protégées et de sengager, lors de la quatrième
reconstitution des ressources, à accroître fortement les
fonds destinés aux aires protégées et à la
biodiversité, afin daider à combler tout déficit
identifié au niveau du financement.
- Demander aux donateurs de sengager à accroître
considérablement le financement des aires protégées
et de la conservation, et à mobiliser des fonds supplémentaires
dici à 2006.
- Encourager les Parties à entreprendre, dici à
2006, des études à léchelle nationale portant
sur les valeurs socio-économiques des aires protégées,
et à établir des Plans nationaux de financement durable,
afin de soutenir les réseaux nationaux daires protégées.
Une attention particulière sera vouée à lélaboration
de mécanismes visant à encourager le renforcement de la
collaboration avec les entreprises privées responsables et les
communautés locales, notamment en ce qui concerne la production
dun niveau nettement plus élevé de ressources financières
liées à des industries telles que le tourisme et les services
financiers.
3.3 Gouvernance et politique
Des politiques saines et des institutions fonctionnant bien sont indispensables
à la gestion efficace des aires protégées. Parmi
les actions clés à entreprendre afin de promouvoir une gouvernance
et des politiques appropriées pour les aires protégées,
figurent:
- Reconnaître la diversité des méthodes de gouvernance
des aires protégées, telles que les aires conservées
par les communautés, les aires de conservation autochtones et les
aires protégées privées, et encourager les Parties
à soutenir cette diversité.
- Promouvoir des mécanismes pour garantir la répartition
équitable des coûts et avantages des aires protégées.
- Autonomiser les communautés locales et autochtones vivant
à lintérieur et à proximité des aires
protégées afin quelles puissent participer pleinement
à leur gestion.
- Tenir compte des principes de gouvernance tels que primauté
du droit, prise de décision participative, mécanismes de
comptabilisation et institutions et procédures de règlement
équitable des différends.
- Définir et appliquer des réformes politiques afin
de créer un environnement propice à une gestion plus efficace
des réseaux daires protégées et à une
utilisation durable des ressources biologiques dans les paysages terrestres
et marins avoisinants.
- Harmoniser les politiques et les lois sectorielles de façon
quelles soutiennent la conservation et la gestion efficace des aires
protégées.
- Promouvoir les synergies entre la CDB et dautres accords
et processus, tels que la Convention du patrimoine mondial, la Convention
sur le commerce international des espèces de faune et de flore
sauvages menacées dextinction, la Convention relative aux
zones humides dimportance internationale, particulièrement
comme habitats des oiseaux deau et la Convention sur les espèces
migratrices appartenant à la faune sauvage, ainsi quavec
les initiatives régionales pertinentes.
4. Evaluation, suivi et rapports
Afin de pouvoir mesurer les progrès accomplis dans le sens de la
réalisation de lobjectif de 2010, il importe de créer
des mécanismes efficaces dévaluation, de suivi et
détablissement de rapports. En conséquence, le Congrès
invite la Conférence des Parties à prendre des mesures dans
les domaines suivants:
- Considérer le système des catégories de gestion
des aires protégées de lUICN comme un langage commun
facilitant lévaluation de la gestion des aires protégées
et létablissement de rapports à cet égard,
y compris concernant lObjectif de développement du millénaire
relatif à un environnement durable, ainsi que comme base pour létablissement
de normes et dindicateurs.
- Exiger que, dici à 2008, des informations sur lefficacité
de la gestion figurent dans la procédure détablissement
des rapports nationaux, et prier le Secrétariat de diffuser ces
informations.
- Adopter des systèmes permettant dévaluer lefficacité
de la gestion dans 10 pour cent des aires protégées dici
à 2010.
- Encourager les Parties à fournir annuellement des rapports
complets, précis et opportuns contenant des informations relatives
aux aires protégées, en utilisant le mécanisme de
la Base de données mondiale sur les aires protégées.
En conséquence, le Congrès invite la Conférence
des Parties à:
- Adopter un programme de travail rigoureux sur les aires protégées
comprenant des objectifs et des échéanciers précis
et répondant aux besoins recensés au Congrès mondial
sur les parcs, en tant que contribution à la réalisation
de lobjectif de 2010.
- Établir des moyens efficaces de suivi et dévaluation
de la mise en uvre du programme de travail.
- Réaffirmer fermement son engagement politique à mettre
en oeuvre le programme de travail.
- Au cas où lévaluation ferait ressortir linefficacité
du programme de travail, envisager dadopter des mesures plus rigoureuses
afin que les aires protégées puissent contribuer plus efficacement
à la réalisation de lobjectif de 2010.
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