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Actualité 16 Sep, 2026

Du Maroc à l’Andalousie : la coopération ouvre une nouvelle voie pour le rétablissement du Turnix d’Andalousie

Un programme pour la conservation du Turnix d’Andalousie est initié, à travers la mise en place de deux populations d’élevage en captivité au zoo de Jerez (Andalousie) et au Zoo de Ain Sebaa à Casablanca au Maroc. 

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Photo: @ AUSTROS

Crías de torillo andaluz (Turnix sylvaticus sylvaticus) 

Cette nouvelle étape vers un possible rétablissement en Espagne d’une espèce disparue depuis plusieurs décennies de la péninsule Ibérique et le renforcement des populations naturelles en déclin au Maroc est également le fruit d’une coopération croissante entre institutions et spécialistes du Maroc et d’Espagne, que l’UICN a contribué à faciliter ces dernières années.

Dans le cadre de la coopération entre l’Agence Nationale des Eaux et Forêts, le Ministère de la Transition Ecologique d’Espagne et la Junta de Andalucia, notamment en matière de conservation d’espèces menacées d’extinction, un projet pour la conservation du Turnix d’Andalousie (Turnix sylvaticus sylvaticus) a été initié en 2026.

Les efforts de prospection de terrain entrepris par une équipe d’experts Maroc-espagnole ont permis de constituer un stock d’individus élevés en captivité pouvant servir de cheptel reproducteur de cette espèce. En effet, une partie d’individus est maintenue au zoo de Ain Sebaa à Casablanca pour le renforcement de la population de l’espèce cantonnée dans la région de Oualidia et 18 individus ont été exportés, le 9 septembre dernier, au zoo de Jerez au Centre de conservation de la biodiversité Zoobotánico Jerez, où débutera le programme de reproduction ex situ, selon un communiqué de presse publié par le ministère régional de la Durabilité et de l’Environnement de la Junta de Andalucía.

Leur arrivée marque une étape importante dans un processus qui, si les différentes phases prévues aboutissent, pourrait permettre à terme le rétablissement de l’espèce dans certains territoires d’Andalousie où elle était historiquement présente, tout en contribuant à renforcer sa conservation au Maroc.

Le Turnix d’Andalousie, une sous-espèce du bassin méditerranéen, a disparu de la péninsule Ibérique et de la majeure partie de la région méditerranéenne. Sa dernière population connue subsiste dans une petite zone du littoral atlantique marocain, principalement associée à des paysages agricoles traditionnels. Cette situation rend la coopération entre les deux pays particulièrement importante pour sa conservation.

 

Construire des ponts pour conserver les espèces menacées

L’arrivée des oiseaux à Jerez est le résultat d’un travail scientifique, technique et institutionnel mené par les administrations et organisations impliquées. Elle illustre également l’importance des échanges qui, ces dernières années, ont permis de rapprocher spécialistes et responsables de la conservation du Maroc et de l’Espagne.

En novembre 2024, le Centre de Coopération pour la Méditerranée de l’UICN (UICN Med) a organisé en Andalousie la visite d’une délégation marocaine conduite par des représentants de l’Agence Nationale des Eaux et Forêts du Maroc (ANEF), accompagnés de spécialistes en écologie, gestion des aires protégées, écotourisme et sciences vétérinaires. Pendant plusieurs jours, professionnels marocains et espagnols ont partagé leurs expériences en matière d’élevage en captivité, de réintroduction d’espèces menacées et de gestion des aires protégées. La délégation a notamment visité le Zoobotánico de Jerez, la Station biologique de Doñana-CSIC, le Centre international de migration des oiseaux de la Fondation Migres à Tarifa et le Centre de gestion du milieu marin du détroit de Gibraltar, à Algésiras.

Ces échanges ont permis de découvrir des expériences développées en Espagne pour des espèces telles que l’ibis chauve et le lynx ibérique, mais aussi d’examiner comment ces connaissances pourraient contribuer à de nouveaux programmes de conservation au Maroc. Parmi les pistes abordées figuraient l’élevage et la réintroduction du serval africain, la conservation des tortues marines, ainsi que la gestion des espèces menacées et des espaces naturels protégés. Le Turnix d’Andalousie figurait précisément parmi les espèces au cœur de ces discussions.

Moins de deux ans plus tard, 18 Turnix en provenance du Maroc se trouvent aujourd’hui dans ce même centre de Jerez qui avait accueilli une partie de ces échanges.

« L’arrivée de ces oiseaux à Jerez montre toute l’importance de maintenir des espaces de dialogue et de coopération entre les institutions et les spécialistes des deux rives de la Méditerranée. À l’UICN Med, nous travaillons depuis des années à faciliter ces échanges et à mettre en relation les expériences de conservation du Maroc et de l’Espagne. Voir aujourd’hui cette coopération contribuer à ouvrir une possibilité concrète pour le rétablissement d’une espèce disparue d’Espagne est particulièrement significatif », souligne Maher Mahjoub, directeur du Centre de Coopération pour la Méditerranée de l’UICN.

 

De la coopération à l’action sur le terrain

Selon le Gouvernement régional d’Andalousie, les 18 oiseaux sont issus d’œufs récupérés au Maroc, puis incubés jusqu’à leur éclosion. Après avoir satisfait aux exigences vétérinaires et administratives nécessaires à leur transfert international, les oiseaux sont arrivés au port d’Algésiras avant d’être acheminés vers Jerez.

Une nouvelle étape commence désormais. Le Zoobotánico de Jerez développera un programme de conservation ex situ visant à constituer un groupe reproducteur suffisamment important et génétiquement diversifié. Le Gouvernement régional d’Andalousie prévoit également de mener au moins quatre nouvelles campagnes au Maroc au cours des prochaines années afin de contribuer à consolider cette population de sauvegarde.

« Il ne s’agit pas seulement de réintroduire le Turnix en Andalousie. La population marocaine est elle aussi menacée, et travailler ensemble nous permet de mieux la connaître, de protéger les habitats dont elle dépend et, à terme, de la renforcer avec des oiseaux nés dans les deux centres d’élevage. Ce qui commence aujourd’hui à Jerez bénéficiera également aux populations restantes au Maroc», explique Zouhair Amhaouch, de l’Agence nationale des eaux et forêts du Maroc.

Une conservation qui nécessite la coopération

Le projet réunit actuellement le ministère régional de la Durabilité et de l’Environnement du Gouvernement régional d’Andalousie, le ministère espagnol de la Transition écologique et du Défi démographique, le Gouvernement du Maroc, l’UICN Med, le Centre de conservation de la biodiversité Zoobotánico de Jerez, la mairie de Jerez, ainsi la Fondation Migres, les cabinets de conseil scientifique et environnemental Rifcon et AUSTROS, et d’autres acteurs scientifiques et privés.

Pour l’UICN Med, faciliter le dialogue entre ces acteurs s’inscrit dans un travail plus large visant à favoriser le partage des connaissances et des expériences de conservation entre les pays méditerranéens.

Cette coopération s’appuie également sur le réseau des Membres de l’UICN. Les trois institutions publiques, le ministère espagnol de la Transition écologique et du Défi démographique, la Junta de Andalucía et l’Agence Nationale des Eaux et Forêts du Maroc, sont toutes Membres de l’UICN. Cette appartenance commune facilite les contacts directs entre les équipes techniques des deux rives de la Méditerranée et leur permet de travailler selon des normes et des critères scientifiques communs, tout en bénéficiant de l’appui du Secrétariat et des Commissions de l’UICN. Les trois institutions ont exprimé leur intérêt à poursuivre leur collaboration en faveur du rétablissement d’espèces menacées ou éteintes présentant un intérêt commun.

 

Pour en savoir plus :

Communiqué de presse - Nota de prensa de la Junta de Andalucía (ES)

MITECO: Estado de protección y conservación del Torillo andaluz

 

Pour en savoir plus sur le Centre de Coopération pour la Méditerranée de l’UICN, cliquez ici.