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Article 18 Jun, 2026

Tafraout et Tozeur : les oasis méditerranéennes, laboratoires vivants d’agroécologie, de bioculturalité et de résilience climatique

Par-delà les frontières du Maroc et de la Tunisie, deux territoires oasiens rappellent au monde qu’il existe des modèles ancestraux capables de répondre aux défis contemporains du changement climatique, de l’érosion de la biodiversité et de la sécurité alimentaire. Tafraout et Tozeur incarnent aujourd’hui cette autre voie du développement : celle de la résilience enracinée dans les savoirs locaux.

Le 17 juin 2026, l’association Alliance Ammelne a participé au webinaire international intitulé « Agriculture, biodiversité et résilience climatique en Méditerranée : initiatives et opportunités de l’UICN », organisé par le Centre de coopération pour la Méditerranée de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN Med).

Réunissant experts, chercheurs, acteurs de terrain et membres du réseau méditerranéen de l’UICN, cette rencontre a mis en lumière un constat devenu incontournable : l’avenir de la Méditerranée dépendra largement de sa capacité à réconcilier agriculture, conservation de la nature et adaptation climatique.

Au cours des échanges, Mercedes Muñoz Cañas, Mercedes Muñoz Cañas, coordinatrice de l’agriculture durable et des systèmes alimentaires à l’UICN Med, a présenté a présenté les principales initiatives portées par l’UICN dans les domaines de l’agriculture durable, de la restauration des écosystèmes et du renforcement de la résilience climatique en Méditerranée. Les débats ont également souligné les menaces qui pèsent sur les territoires méditerranéens : sécheresses récurrentes, dégradation des terres, raréfaction des ressources hydriques et perte accélérée de biodiversité.

Mais au-delà du diagnostic, le webinaire a surtout permis de mettre en avant des solutions concrètes issues des territoires.

Tafraout : quand la tradition devient une réponse d’avenir

À cette occasion, Alliance Ammelne a présenté les perspectives offertes par l’agroécologie oasienne traditionnelle de Tafraout, héritage vivant façonné par des générations de communautés amazighes ayant appris à composer avec un environnement contraignant.

Dans les oasis de Tafraout (Maroc), l’eau n’est pas seulement une ressource : elle est au cœur d’un système collectif de gouvernance, de solidarité et d’équilibre écologique. La diversification des cultures, la valorisation des variétés locales, la conservation des sols et la gestion communautaire des ressources constituent les fondements d’un modèle agricole particulièrement résilient.

À l’heure où de nombreuses régions du monde recherchent des solutions d’adaptation au changement climatique, ces pratiques ancestrales apparaissent comme des réponses modernes à des défis globaux.

Cette expérience rejoint pleinement la philosophie des Systèmes Ingénieux du Patrimoine Agricole Mondial (SIPAM), initiative portée par l’Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture visant à reconnaître les territoires où l’homme et la nature ont construit, au fil des siècles, des systèmes agricoles exceptionnels conciliant production, biodiversité et durabilité.

Tozeur : l’oasis comme territoire bioculturel

Les participants ont également découvert l’expérience mise en œuvre à Tozeur, en Tunisie, par l’IRADA pour le développement de Tozeur, Membre de l’UICN en Tunisie, en faveur du développement territorial durable et de la résilience des communautés locales. Dans cette région emblématique du Sahara tunisien, l’oasis est envisagée non seulement comme un espace agricole, mais comme un véritable territoire bioculturel où patrimoine naturel, mémoire collective, savoir-faire traditionnels et activités économiques forment un ensemble indissociable.

Face aux bouleversements climatiques, cette approche démontre que la préservation du patrimoine culturel et écologique constitue un levier stratégique de résilience territoriale. Elle offre également un exemple inspirant pour d’autres régions confrontées à la désertification et à la fragilisation des écosystèmes.

Les oasis méditerranéennes, sentinelles du futur

Au fil des discussions, une conviction commune s’est imposée : les oasis méditerranéennes ne doivent plus être perçues comme des reliques du passé ou des espaces marginalisés. Elles constituent au contraire des laboratoires vivants où s’expérimentent depuis des siècles des solutions fondées sur la nature, l’économie circulaire, la gestion durable de l’eau et la coexistence harmonieuse entre l’être humain et son environnement.

Pourtant, ces systèmes demeurent fragilisés par la pression climatique, l’exode rural, l’érosion des savoirs traditionnels et la transformation rapide des modes de production. C’est pourquoi les intervenants ont appelé à renforcer la coopération entre les territoires oasiens du bassin méditerranéen, à favoriser les échanges d’expériences, à soutenir l’agroécologie et à reconnaître davantage les oasis comme des patrimoines bioculturels stratégiques pour l’avenir.

Car de Tafraout à Tozeur, un même message émerge : face aux crises écologiques du XXIᵉ siècle, les solutions les plus innovantes ne viennent pas toujours des laboratoires ou des technologies de pointe. Elles se trouvent parfois dans des territoires ancestraux qui ont appris, depuis des siècles, à faire de la rareté une force et de la biodiversité un facteur de résilience.

 

Nokraoui Moulay Elmostapha, 

Coordinateur Alliance Ammelen, Membre de l'UICN au Maroc.