Le manchot empereur et l’otarie de Kerguelen sont désormais classés « En danger » en raison des changements climatiques – Liste rouge de l’UICN
Gland, Suisse, 9 avril 2026 (UICN) - Le manchot empereur et l’otarie de Kerguelen sont désormais tous deux classés « En danger », selon la Liste rouge de l’UICN des espèces menacées™. Les changements climatiques en Antarctique entraînent des modifications de la banquise qui, selon les prévisions, devraient provoquer une diminution de moitié la population de manchots empereurs d’ici les années 2080, tandis que la réduction des ressources alimentaires a déjà entraîné une diminution de 50% de la population d’otaries de Kerguelen depuis 2000. L’éléphant de mer austral est également désormais menacé d’extinction, en raison d’une maladie.
« Ces conclusions importantes devraient nous inciter à agir dans tous les secteurs et à tous les niveaux de la société pour lutter de manière décisive contre les changements climatiques. Le déclin du manchot empereur et de l’otarie de Kerguelen sur la Liste rouge de l’UICN est un signal d’alarme sur la réalité des changements climatiques. Alors que les pays se préparent à se réunir pour la Réunion consultative du Traité sur l’Antarctique en mai, ces évaluations fournissent des données essentielles pour éclairer les décisions concernant ce continent majestueux et sa faune impressionnante. Le rôle de l’Antarctique en tant que « gardien gelé » de notre planète est irremplaçable : il offre des avantages inestimables aux humains, stabilise le climat et sert de refuge à une faune unique », a déclaré la Dr Grethel Aguilar, Directrice générale de l’UICN.
« Les manchots comptent déjà parmi les oiseaux les plus menacés de la planète. Le classement du manchot empereur dans la catégorie « En danger » constitue un avertissement sans équivoque : les changements climatiques accélèrent la crise de l’extinction sous nos yeux. Les gouvernements doivent agir dès maintenant pour décarboner d’urgence nos économies », a déclaré Martin Harper, Directeur exécutif de BirdLife International, qui a coordonné l’évaluation du manchot empereur en tant qu’autorité de la Liste rouge de l’UICN pour les oiseaux.
Le manchot empereur (Aptenodytes forsteri) est passé de la catégorie « Quasi menacé » à « En danger » sur la Liste rouge de l’UICN sur la base de projections selon lesquelles sa population devrait diminuer de moitié d’ici les années 2080. Les images satellites indiquent une perte d’environ 10% de la population entre 2009 et 2018 seulement, soit plus de 20 000 manchots adultes.
Le principal facteur est la fonte précoce et la perte de banquise, qui atteint des niveaux historiquement bas depuis 2016. Les manchots empereurs ont besoin de glace fixe (la partie de la banquise « fixée » au littoral, sur les fonds océaniques ou à des icebergs échoués) comme habitat pour leurs poussins et pendant leur période de mue, lorsqu’ils ne sont pas imperméables. Si la glace fond trop tôt, les conséquences peuvent être mortelles. S’il est difficile de traduire les tragédies observées, telles que l’effondrement d’une colonie de reproduction en mer avant que les poussins ne sachent nager, en changements dans la population, une modélisation démographique tenant compte d’un large éventail de scénarios climatiques futurs montre que sans une réduction brutale et spectaculaire des émissions de gaz à effet de serre, les populations de manchots empereurs déclineront rapidement au cours de ce siècle.
« Après avoir soigneusement examiné les différentes menaces possibles, nous sommes arrivés à la conclusion que les changements climatiques d’origine humaine constituent la menace la plus importante pour les manchots empereurs. La fonte précoce de la banquise au printemps affecte déjà les colonies autour de l’Antarctique, et de nouveaux changements dans la banquise continueront d’affecter leurs habitats de reproduction, d’alimentation et de mue. Les manchots empereurs sont une espèce sentinelle qui nous renseigne sur notre monde en mutation et sur l’efficacité avec laquelle nous contrôlons les émissions de gaz à effet de serre responsables des changements climatiques », a déclaré le Dr Philip Trathan, membre du Groupe de spécialistes des manchots de la CSE-UICN, qui a travaillé sur l’évaluation du manchot empereur pour la Liste rouge.
L’otarie de Kerguelen (Arctocephalus gazella) est passée de la catégorie « Préoccupation mineure » à « En danger » sur la Liste rouge de l’UICN, sa population ayant diminué de plus de 50%, d’environ 2 187 000 otaries adultes en 1999 à 944 000 en 2025. Ce déclin continu est dû aux changements climatiques, car la hausse des températures océaniques et le recul de la banquise poussent le krill vers des profondeurs plus importantes à la recherche d’eaux plus froides, réduisant ainsi la disponibilité d’aliments pour les otaries. La pénurie de krill en Géorgie du Sud a considérablement réduit le taux de survie des jeunes otaries au cours de leur première année, entraînant un vieillissement de la population reproductrice. D’autres menaces, telles que la prédation par les orques et les léopards de mer, ainsi qu’une concurrence avec des populations de baleines à fanons en voie de rétablissement, qui se nourrissent du même krill, ont également un impact potentiel sur cette population en déclin.
L’éléphant de mer austral (Mirounga leonina) est passé de la catégorie « Préoccupation mineure » à « Vulnérable » sur la Liste rouge de l’UICN, à la suite de déclins causés par la grippe aviaire hautement pathogène (HPAI, en anglais). On observe une augmentation significative de la prévalence de la grippe aviaire dans le monde depuis 2020, et celle-ci s’est propagée aux mammifères. La maladie a touché quatre des cinq principales sous-populations, tuant plus de 90% des nouveau-nés dans certaines colonies et affectant gravement les femelles adultes, qui passent plus de temps sur les plages que les mâles. On craint de plus en plus que la mortalité de mammifères marins liée à des maladies n’augmente avec le réchauffement climatique, en particulier dans les régions polaires, où les animaux n’ont jusqu’à présent pas été beaucoup exposés à des agents pathogènes. Les animaux vivant en colonies très denses, comme les éléphants de mer austraux, sont particulièrement touchés par les maladies.
« Ces évaluations tirent la sonnette d’alarme pour tous les phoques de l’Antarctique, car nous sommes préoccupés par la manière dont les changements environnementaux affectent toutes les espèces tributaires de la glace. Il est urgent de surveiller les effets des changements climatiques en Antarctique. Bien que l’accès à cette partie du monde soit couteux et difficile sur le plan logistique, le Groupe de spécialistes des pinnipèdes de la CSE-UICN appelle toutes les Parties au Traité à collecter davantage de données sur les phoques de la région », a déclaré la Dr Kit Kovacs, Coprésidente du Groupe de spécialistes des pinnipèdes de la CSE-UICN.
Les nouvelles évaluations sont disponibles sur la page de prépublication de la Liste rouge de l’UICN. Elles seront publiées dans les profils d’espèce correspondants des phoques et du manchot empereur dans le cadre d’une mise à jour plus vaste de la Liste rouge prévue plus tard cette année. L’évaluation du manchot empereur a été possible grâce au travail du Groupe de spécialistes des manchots de la CSE-UICN, en coordination avec BirdLife International, l’autorité de la Liste rouge de l’UICN en matière d’oiseaux. Les évaluations des phoques ont été réalisées par le Groupe de spécialistes des pinnipèdes de la CSE-UICN.
Citations de référence
« Ces classements ne sont pas seulement une source de réflexion pour deux animaux emblématiques, elles reflètent ce qui arrive aux manchots et aux phoques à l’échelle mondiale », a déclaré la Dr Kathleen Flower, Vice-présidente chargée des sciences de la biodiversité chez Conservation International. « Leur déclin souligne la rapidité avec laquelle les écosystèmes se dégradent et la manière dont les effets cumulés du réchauffement accélèrent les pénuries alimentaires, l’émergence de maladies et la perte d’habitats. Il en résulte un risque d’extinction en forte augmentation pour de nombreuses espèces. La Liste rouge est un outil essentiel, mais elle doit être dotée de ressources suffisantes et renforcée par des données scientifiques tenant compte du climat afin d’identifier les risques et de contribuer à réduire les extinctions liées au climat ».