De la grenouille du désert aux mollusques des grands fonds, des espèces remarquables en péril – Liste rouge de l’UICN
Gland, Suisse, 9 juillet 2026 (UICN) – L’exploitation minière des grands fonds marins menace plus de la moitié des mollusques tributaires des évents hydrothermaux, comme l’a révélé la mise à jour publiée aujourd’hui de la Liste rouge de l’UICN des espèces menacées™. En Australie, le statut du numbat s’est amélioré grâce à des décennies d’actions de conservation, bien que sa survie dépende de la poursuite de ces efforts, tandis qu’en Namibie et en Afrique du Sud, l’exploitation minière des diamants et des projets de développement industriel ont poussé la grenouille de pluie du désert, une espèce très populaire sur les réseaux sociaux, au bord de l’extinction.
La Liste rouge de l’UICN des espèces menacées recense désormais 175 909 espèces, dont 49 505 menacées d’extinction.
« La vie sur Terre s’est adaptée pour survivre dans les habitats les plus hostiles et les plus insolites, à l’image des mollusques des grands fonds marins qui vivent autour des évents hydrothermaux extrêmement chauds ou de la grenouille de pluie du désert qui s’enfouit dans le sable. Aujourd’hui, alors que les pressions sur la biodiversité s’intensifient à l’échelle planétaire, même les créatures dotées des stratégies de survie les plus ingénieuses sont menacées. Mais n’oublions pas qu’il existe une voie claire pour sortir de la crise de la biodiversité : la conservation de la nature fonctionne, comme il nous l’est sans cesse rappelé. En protégeant l’incroyable biodiversité de cette planète, nous pouvons préserver un environnement favorable tant pour les humains que pour la faune sauvage », a déclaré la Dr Grethel Aguilar, Directrice générale de l’UICN.
L’exploitation minière en eaux profondes menace des mollusques endémiques
Soixante-deux pour cent des mollusques endémiques des évents hydrothermaux connus dans le monde (125 espèces sur 201) sont menacés d’extinction en raison de l’exploitation minière en eaux profondes visant à extraire des minéraux précieux, révèle la Liste rouge de l’UICN des espèces menacées. Présents uniquement à des profondeurs pouvant atteindre 5 000 mètres sous le niveau de la mer, autour d’évents hydrothermaux crachant de l’eau pouvant dépasser les 450 degrés Celsius, bon nombre de ces mollusques, notamment des escargots, des patelles, des moules, des palourdes et des chitons, ont seulement été découverts au cours des dix dernières années et sont déjà menacés d’extinction en raison de perturbations de leur habitat par l’Homme. L’exploration des fonds marins et l’extraction de minéraux, dont la demande ne cesse de croître pour les nouvelles technologies, génèrent des panaches de sédiments qui étouffent les animaux, affectant leur capacité à respirer et à absorber les nutriments présents dans l’eau environnante. Par exemple, Lirapex felix, un escargot ainsi nommé en raison de la chance qu’ont eue les chercheurs de le découvrir, figure désormais sur la Liste rouge dans la catégorie « En danger critique » en raison de l’exploration minière en cours dans l’océan Indien. De nombreuses espèces présentes autour des évents hydrothermaux sont confrontées à des menaces similaires, car les évents situés au-delà des juridictions nationales font l’objet d’explorations minières, les contrats étant contrôlés par de nombreux pays différents.
L’évaluation mondiale des mollusques endémiques des évents hydrothermaux met également en évidence l’importance des aires protégées et conservées, dans lesquelles l’exploitation minière n’est pas autorisée. Plus de 30 espèces vivant autour de ces évents à travers le monde sont classées dans la catégorie « Préoccupation mineure » grâce à leur présence dans des aires marines protégées, comme Provanna exquisita, un escargot orné qui ne vit que dans la réserve nationale de faune sauvage de l’Arc de feu des Mariannes, dans l’océan Pacifique.
« Cette évaluation mondiale révèle que les mollusques endémiques des évents hydrothermaux des grands fonds marins constituent l’un des groupes animaux les plus menacés, à un moment critique pour leur avenir. Notre nouvelle compréhension des impacts de l’exploitation minière des grands fonds marins met en lumière une nouvelle frontière pour la science et la conservation, fournissant des informations importantes au moment où l’Autorité internationale des fonds marins se réunit en Jamaïque ce mois-ci. La position de l’UICN est claire : en 2021, l’Union a voté en faveur d’un moratoire sur l’exploitation minière des grands fonds marins tant que tous les risques n’auront pas été compris et que l’environnement marin ne sera pas efficacement protégé », a déclaré la Professeure Julia Sigwart, membre du Groupe de spécialistes des mollusques de la Commission pour la sauvegarde des espèces de l'UICN et directeur du département de zoologie marine de Senckenberg Nature Research, le partenaire de la Liste rouge de l’UICN qui a coordonné ces évaluations.
La conservation porte ses fruits pour le numbat, mais les espèces envahissantes restent une menace
Le statut du numbat (Myrmecobius fasciatus), l’emblème animal de l’Australie-Occidentale, s’est amélioré, passant de « En danger » à « Quasi menacé » sur la Liste rouge de l’UICN. Le numbat était largement répandu dans le sud de l’Australie jusqu’à l’introduction et la propagation des chats (Felis catus) et des renards roux (Vulpes vulpes), leur effectifs diminuant à environ 300 individus à la fin des années 1970. À la suite des recherches menées dans les années 1980 par le Dr Tony Friend, membre du Groupe de spécialistes des marsupiaux et des monotrèmes d’Australasie de la CSE-UICN, et à la mise en place d’un plan de récupération en 1994, le gouvernement de l’Australie-Occidentale et l’Australian Wildlife Conservancy se sont efforcés de réduire l’impact des chats sauvages et des renards grâce à des appâts et à des clôtures anti-prédateurs, tandis que l’élevage en captivité au zoo de Perth et des translocations ont permis l’établissement d’au moins cinq populations autonomes supplémentaires. Grâce à ces efforts, on compte aujourd’hui entre 2 000 et 3 000 numbats. Cependant, l’espèce n’occupe plus que 0,04% de son aire de répartition d’origine, et comme les chats sauvages et les renards restent une menace majeure, une gestion continue est essentielle à la survie et au rétablissement du numbat.
Cinq marsupiaux australiens, récemment reconnus à la suite d’une révision taxonomique, ont été confirmés aujourd’hui comme « Éteints » sur la Liste rouge de l’UICN : la petite bettongie (Bettongia haoucharae) ainsi que le rat marsupial à queue crêtée, le mulgara du Sud, le mulgara du Nord et le petit mulgara (Dasycercus cristicauda, D. archeri, D. woolleyae et D. marlowi), dont aucun individu n’a été observé depuis au moins 60 ans. Cela porte à plus de 40 le nombre total d’extinctions modernes de mammifères en Australie. La prédation par les chats sauvages et les renards est la principale cause de leur déclin, les changements climatiques constituant une menace croissante pour les espèces restantes.
« Les évaluations publiées aujourd’hui montrent que des efforts de conservation à long terme, stratégiques et collaboratifs portent leurs fruits. Sans eux, les chats et les renards envahissants continueront de pousser les petits marsupiaux et les rongeurs autochtones d’Australie vers l’extinction. Une gestion continue est essentielle non seulement pour préserver la lignée évolutive unique du numbat, dernier représentant survivant de la famille des Myrmecobiidae, mais aussi pour soutenir son rôle dans le maintien d’un écosystème sain, car le fait que les numbats creusent pour trouver les termites dont il se nourrissent augmente la pénétration de l’eau de pluie dans le sol, contribuant ainsi à la protection des zones boisées », a déclaré le Professeur John Woinarski, Coprésident du Groupe de spécialistes des marsupiaux et monotrèmes d’Australasie de la CSE-UICN.
L’extraction de diamants menace la grenouille de pluie du désert
L’exploitation diamantifère et des projets d’infrastructures énergétiques le long de la côte ouest de l’Afrique du Sud et de la Namibie ont entraîné le passage de la grenouille de pluie du désert (Breviceps macrops) de la catégorie « Quasi menacée » à « Vulnérable » sur la Liste rouge de l’UICN. L’expansion de projets industriels, parmi lesquels figure un projet d’hydrogène vert, devrait affecter jusqu’à un tiers de l’aire de répartition de la grenouille de pluie du désert en Afrique du Sud et deux tiers en Namibie au cours des 20 prochaines années. La demande présumée de grenouilles de pluie du désert dans le commerce des animaux de compagnie a également augmenté à la suite d’une vidéo virale montrant l’espèce émettant des cris de détresse. Les changements climatiques, ainsi que le stress thermique et l’aridification qui y sont associés, constituent d’autres menaces potentielles pour cette espèce. Sans mesures de conservation, il est probable que la population diminue de 20% au cours de la prochaine décennie.
Citations de référence
« Cette mise à jour de l’UICN comprend des réévaluations de 40 espèces de sorbiers, sorbiers blancs et sorbiers des bois que l’on ne trouve qu’au Royaume-Uni et en Irlande. 95% de ces espèces restent menacées, et une espèce, le sorbier blanc de Wilmott (Sorbus wilmottiana), que l’on ne trouve que dans les gorges de l’Avon, a été reclassée de la catégorie « En danger » à « En danger critique » en raison de travaux ferroviaires et d’un agent pathogène inconnu. Ces réévaluations sont essentielles pour suivre l’évolution de la situation et nous donner la possibilité d’empêcher l’extinction des espèces », a déclaré Emily Beech, Responsable de la hiérarchisation des priorités de conservation chez Botanic Gardens Conservation International.
« Les nouvelles conclusions de la Liste rouge concernant les mollusques des évents hydrothermaux démontrent pourquoi nous devons protéger les grands fonds et la haute mer de notre planète. Il nous reste encore tant à apprendre sur la fragilité qui règne dans les profondeurs les plus abyssales de l’océan. Tant que la science n’aura pas exploré de manière plus approfondie les écosystèmes des grands fonds marins, nous devons faire preuve de prudence face à l’exploitation minière en eaux profondes et aux autres pratiques qui perturbent les fonds marins » a déclaré Kathleen Flower, Vice-présidente chargée des sciences de la biodiversité chez Conservation International.
« Cette mise à jour de la Liste rouge est la première à permettre l’identification de plantes à fleurs non seulement menacées d’extinction, mais aussi distinctes sur le plan évolutif. Les espèces distinctes sur le plan évolutif et menacées à l’échelle mondiale (EDGE, selon leurs sigles en anglais) constituent des espèces menacées uniques, parmi les plus irremplaçables de l’Arbre de la vie. Outre les quelque 6 000 espèces EDGE figurant sur la Liste rouge, environ 4 000 autres sont probablement également des espèces EDGE mais n’ont pas fait l’objet d’évaluations mondiales. À mesure que des espèces sont évaluées et confirmées comme étant EDGE, à l’instar de Gerritea pseudopetiolata, une graminée bolivienne « En danger » incluse pour la première fois dans cette mise à jour de la Liste rouge, nous améliorons non seulement notre compréhension du risque d’extinction des plantes, mais nous contribuons également à identifier et à accorder une plus grande priorité à la conservation de la diversité végétale distinctement évolutive » a déclaré Felix Forest, Chercheur principal en phylogénétique spatiale aux Jardins botaniques royaux Kew.